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IFADEM raconté par Lynda Kaninda: Internet à la rescousse des enseignants de R.D.Congo

L’Initiative francophone pour la formation à distance des maîtres (IFADEM)  est un projet francophone qui vise l'amélioration de l'éducation par la formation en ligne des enseignants.
Lynda Kaninda participe à ce projet et nous en parlera.
Elle chercheuse en ingénierie pédagogique, Médias et Education à l'Université de Lubumbashi (UNILU) dans le département des sciences de l’information et de la communication.

Lynda Kaninda formatrice IFADEM
Lynda Kaninda 
Peux-tu nous parler de ton parcours?
Que puis-je vous dire de moi ? … Je m’appelle Lynda Kaninda. Je vis à Lubumbashi au sud-est de la R.D.Congo.
Après un graduat en sciences de l’information et de la communication à l’UNILU, j’ai poursuivi mon parcours universitaire pour obtenir en 2005 une licence en journalisme, dans la même institution.
Après des années d’activité professionnelle, j’ai poursuivi  un troisième cycle : une maîtrise niveau 2 à l’Université de Cergy-Pontoise en ingénierie pédagogique (Analyse, Conception et Recherche dans le domaine de l’Ingénierie des Technologies en éducation).
Toutes ces années à apprendre « à l’école » ne m’ont pas empêchée d' acquérir de l'expériences en milieu professionnel, dans plusieurs secteurs différents (mais jamais très éloignés les uns des autres). Après avoir été successivement bibliothécaire, commercial, chargé de communication et de formation, assistante administrative et financière, je suis actuellement Assistante à l’enseignement à l’Université de Lubumbashi.

Peux-nous parler de ton premier contact avec l'informatique? 
Mon premier contact « formel » avec l’informatique date de 1999 lorsque en attendant les résultats de mes examens d’état, je me suis inscrite dans un centre de formation en informatique à Lubumbashi. Humblement, je dirai que j’étais plutôt douée et notre formatrice me demandait de temps en temps d’aider un camarade qui n’avait pas maîtrisé l’une ou l’autre notion. Ce que je ne savais pas encore, c’est que cela serait les prémices d’une longue aventure entre «l’ordi», la toile et moi.
Cette aventure m’a emmenée à utiliser l’outil informatique de manière soutenue. Le plus passionnant jusqu’à aujourd’hui, a été d’apprendre toujours un peu davantage et de partager les expériences d’utilisation.
Après avoir été formatrice en TICE dans plusieurs structures francophones nationales et locales (institutions d’enseignement supérieures nationales ou privées), je suis responsable aujourd’hui Responsable d’un cabinet - conseil en formation, dénommé KOFRA www.kofra.biz (destiné á proposer des solutions en formation aux entreprises et aux institutions d’enseignement primaire, secondaire et universitaire).

Et ce projet IFADEM, de quoi s'agit-il?
Ifadem est un projet francophone mené dans plusieurs pays dont l’objectif est le renforcement des capacités et des compétences du et en français, destiné aux enseignants du cycle primaire, à travers un dispositif de formation à distance.
En RDC, précisément dans la province du Katanga, la première phase de cette initiative a débuté en 2012 et concernait 600 enseignants des classes de 5e et 6e primaires prioritairement, des écoles ayant enregistré les plus faibles taux de réussite au TENAFEP (Test National de Fin d'Études Primaires).
Il fallait ainsi, à travers un dispositif de formation essentiellement à distance, renforcer les compétences pédagogiques des enseignants à travers un programme de 6 modules correspondant à 6 livrets de formation.
En plus des outils pédagogiques écrits et audio conçus et approuvés par le Ministère de tutelle, les enseignants bénéficient d’un tutorat de proximité assuré par leurs inspecteurs ou leurs directeurs. L’année dernière, en 2016, IFADEM – Katanga a achevé sa 3e phase (phase d’extension et de déploiement) dans toutes les 4 provinces éducationnelles du Katanga.
Vous pouvez suivre une présentation vidéo de l’Ifadem Katanga, à ce lien.

Phase 1 Ifadem katanga
Phase 1 Ifadem Katanga

Quel était ton rôle dans le projet?Au lancement d’IFADEM - Katanga, je travaillais au Campus Numérique Francophone de Lubumbashi en tant que Chargée de formation et de projet. Dans le cadre de mon travail, j’ai été sollicitée pour  faire le suivi de la création des espaces numériques francophones de Likasi et de Kolwezi, d’organiser les grands regroupements des enseignants et d’être une personne – ressource pour intervenir sporadiquement pendant les séances d’initiation aux TICE.

Quelles ont été les difficultés rencontrées?
Pour répondre à cette question, je regrouperais les difficultés en deux ordres : les difficultés d’ordre logistique et les difficultés d’ordre pédagogique.
Les premières sont étroitement liées à la distance que devaient parcourir la majorité des enseignants pour être présents lors des regroupements (par exemple, à Kolwezi – 3e Province éducationnelle, certains enseignants ont parcouru plus de 200 km à moto et en camion pour être présents sur les sites de regroupement).
Les deuxièmes concernent l’introduction à la fois des notions d’autoapprentissage (et donc d’auto-évaluation) et de l’utilisation véritablement des TICE dans la pratique enseignante.
Les enseignants en formation pouvaient acquérir des notions en informatique pendant les 6 heures consacrées à l’initiation aux TICE, cependant, de retour dans leurs écoles respectives, suite aux contraintes liées à l’approvisionnement en électricité et au manque de matériel informatique adapté, ils n’approfondissaient aucune connaissance et pire, n’innovaient pas dans leur pratique quotidienne. Nous devons néanmoins dire que les enseignants ont développé et partagé ensemble des idées sur des astuces relatives à la pédagogie active dont l’IFADEM en fait l’écho, avec des outils non numériques tels que les téléphones portables basiques, la radio et la télévision.

Photo d'Enseignants à Kolwezi dans le cadre de l'IFADEM

Et les réussites du projet?
La phase de lancement d’IFADEM a eu un franc succès : plus de 90% des enseignants ayant achevé le parcours de formation ont réussi à leur évaluation et de ce fait, ont reçu des certifications de réussite, que validera très bientôt le Ministère de l’Education Primaire, Secondaire et Professionnel. Cette certification donnera lieu à un avancement en grade dans la fonction publique pour tout enseignant lauréat. Le projet a réussi puisqu’il s’étend aujourd’hui dans les autres provinces éducationnelles et pourra faire bénéficier encore plus d’enseignants.
A côté de cela, je ne pourrais pas revenir ici sur tous les témoignages personnels des enseignants- «ifademiens » qui donnent des exemples sur l’amélioration de leur activité enseignante depuis qu’ils ont suivi le dispositif de formation IFADEM.


Quels horizons t'ont ouvert la participation du projet? 
J’ai fait de belles rencontres professionnelles. Mais encore, cette expérience m’a permis d’enrichir ma recherche en Ingénierie pédagogique et de mieux comprendre la spécificité de notre pays qui détermine l’implémentation de solutions alternatives numériques ou pas (ainsi que de notre gouvernance politique dans ce domaine).
J’ai eu la chance, après mes 3 ans passés dans le dispositif IFADEM, de proposer, dans plusieurs autres projets internationaux, des démarches pédagogiques (d’enseignement et d’apprentissage) adaptées aux besoins et à la réalité de notre enseignement primaire, secondaire et supérieur.
Je fais partie de plusieurs laboratoires de recherche et a déjà plusieurs publications d’articles scientifiques sur le sujet des Technologies en Education (dont certains sont disponibles dans l’ouvrage du 5e colloque du Rifeff).

Tu aimerais ajouter quelque chose?
Je te remercie Assina pour l’occasion que tu me donnes de parler de mon expérience. Je t’encourage, comme j’encourage toute personne qui a une certaine sensibilité vis-à-vis des technologies numériques et des solutions innovantes non numériques, de partager, de collaborer, de diffuser, de parler de leur expérience. Dans ce « digi-univers », tout est encore à découvrir.
Fourni par Blogger.